ÉRIK CANUEL (1961-2024) – Au revoir, cher ami!, un hommage de Marc Lamothe

La prochaine édition du festival Fantasia lui sera dédiée et le Prix Denis Héroux lui sera remis à titre posthume.

Des photos d’Érik Canuel à Fantasia au fil des ans.

 

Au revoir, cher ami !
Marc Lamothe

La toute première fois que j’ai vu Érik Canuel lors d’une conférence de presse, il a commencé en déclarant : « Le cinéma est né dans le cinéma de genre : Méliès, Murnau, Lang, tous des cinéastes de genre. » Tout au long d’une carrière très productive, comprenant de nombreux longs-métrages, publicités, vidéoclips et épisodes de grandes séries télévisées, Érik Canuel a toujours revendiqué avec fierté son statut de réalisateur de genre. La preuve en est que tous ses films reflètent un genre particulier : thriller, comédie romantique, drame policier, comédie d’action, film d’époque et comédie noire. Érik Canuel est non seulement un réalisateur de films de genre, c’étaitt le réalisateur de tous les genres, un peu à l’image de Robert Wise, l’un de ses mentors. Comme Jean-Claude Lord, Yves Simoneau, André Melançon et Roger Cantin, c’est un artiste qui a su défoncer des portes pour permettre à des générations de donner dans le genre au Québec.

Les liens qui unissent Canuel au Festival Fantasia sont nombreux. Il a été président du jury en 2005 et a présenté en première mondiale BON COP, BAD COP lors de la soirée de clôture de notre édition 2006, l’une des plus chargées d’émotions de l’histoire du festival. J’ai cru que le plafond allait tomber tant les applaudissements étaient forts et sincères. Il a été président d’honneur du festival en 2007 et 2008. Sa générosité n’avait d’égal que son enthousiasme et son franc-parler. Il était l’un des réalisateurs les plus rock’n’roll du Québec. Je l’entends encore crier son fameux « Oh yeah! Come on! »

 

Ayant grandi dans une famille de comédiens, Canuel était un enfant de la balle. Son père, Yvan Canuel, l’emmenait souvent à Radio-Canada sur le plateau d’émissions pour enfants telles que Le Pirate Maboule, Sol et Gobelet, La Boîte à surprise et La Ribouldingue. Il a pu y voir la magie qui se dégageait autant devant que derrière la caméra. Toute sa vie, il s’est inspiré de cette franche camaraderie qui émanait de ses plateaux. Son père était aussi metteur en scène et il a toujours dit que sa plus grande influence avait été la pièce Atelier 72, coécrite et mise en scène par Yvan Canuel à la Nouvelle Compagnie Théâtrale. D’un point de vue conceptuel, elle était similaire à 2001 : l’Odyssée de l’espace, mais conçue pour la scène avec des hommes préhistoriques et un vaisseau spatial qui traversait la pièce en direction de la scène à un moment donné de la pièce. C’est ce moment précis qui lui avait donné un goût prononcé pour la magie, l’imagination et le spectaculaire. D’ailleurs, à la fin du film LE SURVENANT, on peut lire la phrase suivante au générique : « À mon père… pour m’avoir transmis le désir et la passion de créer. Érik Canuel »

Déjà, enfant à Notre-Dame-de-Grâce, il était adepte de cinéma et adorait des films comme Jason and the Argonauts, Jack the Giant Killer, Creature of the Black Lagoon et particulièrement les films de Sinbad. Il était de toutes les projections avec des exemplaires du magazine Famous Monsters of Filmland bien en main. Fin adolescence et jeune adulte, Érik s’intéressait aux beaux-arts (graphisme, bande dessinée et sculpture) tout en étant bassiste dans quelques groupes rock, dont un avec certains membres de la formation qui allait devenir Vilain Pingouin. À 20 ans, son principal partenaire musical s’avère atteint d’un cancer virulent. Cet ami lui disait toujours : « Un jour, c’est toi qui réaliseras nos clips. » Après le décès de ce dernier, Érik a tout vendu tous ses instruments pour se procurer une caméra Super 8 et l’équipement nécessaire pour faire le montage. Il a réalisé son premier court-métrage à 21 ans, MON AMI, MON FRÈRE, une histoire d’horreur et de sorcellerie – pour le plaisir et pour voir si le médium l’intéresserait… Il n’a plus jamais regardé en arrière.

À défaut de pouvoir tourner d’autres courts-métrages, Érik se lance dans les années 1980 dans la production de vidéoclips pour des artistes tels que Paul Piché, Sass Jordan, Norman Iceberg, Vilain Pingouin, Sylvain Cossette et Sword.

Étudiant le cinéma à Concordia, il y rencontre entre autres Manon Briand, Alain Desrochers, Pierre Gill, Podz, Patrice Sauvé et André Turpin, pour ne nommer que ceux-là. En 1988, il quitte Concordia et fonde KINO FILMS avec Pierre Gill et Marie-France Lemay. Ensemble, ils vont créer près de 50 vidéoclips et quelque 250 publicités. Puis arrive la chance sur un plateau d’argent. Il tourne des épisodes de la série THE HUNGER avec Tony et Ridley Scott à titre de producteurs. Les projets dès ce moment béni ne cesseront jamais. Érik avait toujours plein d’idées et de projets, et il aimait la famille d’un plateau de tournage.

L’œuvre filmée d’Érik Canuel est colossale, une quinzaine de films et de téléfilms dont BARRYMORE (2011) CADAVRES (2009) BON COP, BAD COP (2006), LE SURVENANT (2005), LE DERNIER TUNNEL (2004), NEZ ROUGE (2003) et LA LOI DU COCHON (2001), ainsi que plus de 20 séries télé, dont TRANSPLANT, RANSOM, 19-2 (version anglaise), LE TRANSPORTEUR : LA SÉRIE, LES JEUNES LOUPS, FORCIER, BULLET IN THE FACE, FLASHPOINT et THE DEAD ZONE.

 

Dès l’hiver dernier, j’échangeais régulièrement avec Érik, car le festival souhaitait lui remettre cet été le Prix Denis-Héroux, un prix de carrière soulignant une contribution exceptionnelle au développement et à la diffusion du cinéma de genre et du cinéma indépendant québécois. Jusqu’au mois dernier, tout était en place pour qu’il soit présent pour recevoir son prix. Mais la maladie s’est emportée et tout s’est précipité. J’ai appris il y a deux semaines que son état s’était empiré et qu’il venait de passer aux soins palliatifs. C’était une question de jours ou de semaines. Je devais aller lui remettre mercredi son prix à l’hôpital, mais la grande faucheuse a été plus vite que moi. Le Prix Denis-Héroux lui sera décerné à titre posthume le 22 juillet en compagnie d’acteurs et de collaborateurs lors de la projection d’une copie 35mm de son premier long, LA LOI DU COCHON, encore et toujours son préféré.

« De tous mes films, LA LOI DU COCHON reste mon favori à mes yeux. Le mieux conçu ou fabriqué était plutôt LE DERNIER TUNNEL. Mon plus stylisé serait CADAVRES, d’après le roman de François Barcelo. J’ai énormément d’affection pour BARRYMORE, qui à bien des égards parle de mon père et de sa relation avec le théâtre et le jeu. Mais mon favori reste LA LOI DU COCHON. J’ai tourné le film en 2001 sur MiniDV. La production a été conçue spécifiquement autour de ce support. Le budget ne permettait absolument rien d’autre et je voulais tourner à tout prix ce scénario béton. Je savais que ce serait une belle carte de visite. » – Érik Canuel

Voici en terminant, une vidéo hommage que nous devions partager le soir de la remise de son prix. Regardons-la pour nous souvenir du grand artiste qu’était Érik Canuel. Merci infiniment à Éric Lavoie pour ce montage magnifique.

 

 

 

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