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Lettre ouverte de 8 producteurs du Regroupement des producteurs indépendants de cinéma du Québec

Lettre ouverte de 8 producteurs québécois du Regroupement des producteurs indépendants de cinéma du Québec 

Adressée ce mardi 2 juin 2020 à monsieur François Legault, premier ministre du Québec, et à madame Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications

Monsieur le premier ministre, Madame la ministre,

Nous tenons en premier lieu à vous remercier une nouvelle fois de votre engagement et votre soutien historique au secteur de la production cinématographique et télévisuelle au Québec. Lors de votre point de presse du 1er juin, vous avez non seulement dissipé tous les doutes quant aux engagements pris lors de la lecture du discours du budget du 10 mars dernier, mais vous avez de plus annoncé des sommes supplémentaires importantes pour la relance de la production audiovisuelle québécoise. Ce soutien aux artistes et artisans de notre secteur est sans précédent et nous saluons la vision de votre gouvernement qui voit dans l’expression de notre culture un moteur culturel, social et économique essentiel à la société québécoise.

Depuis la mi-mars, les caméras ne tournent plus, les équipes de tournage se sont confinées, les acteurs, les actrices, les artisans, les techniciens et techniciennes, toute l’industrie audiovisuelle s’est mise sur pause, comme le Québec en entier, retenant son souffle en remerciant comme tous les autres, les soignants qui montent au front chaque jour. La pandémie de la Covid-19 a eu des effets tragiques pour des milliers de nos concitoyens, des effets dramatiques pour des centaines de milliers d’autres qui ont perdu leur emploi, leur entreprise, leur gagne-pain.

Au moment où près de 50 000 personnes qui forment notre industrie s’apprêtent à retourner au travail, nous devons attirer votre attention sur un problème majeur qui deviendra le plus grand frein à la reprise dans le secteur audiovisuel du Québec. Vous avez mentionné en point de presse du 1er juin que vous étiez disposés à aider davantage et c’est la raison pour laquelle nous vous écrivons aujourd’hui, dans l’espoir de solutionner ce problème avec lequel nous nous débattons depuis plusieurs semaines.

Les productions télévisuelles et cinématographiques, représentent chacune des investissements de plusieurs millions de dollars, investissements que les entreprises de production doivent assurer. Le financement de toute production audiovisuelle est conditionnel à l’obtention d’une assurance de production sans exclusions qui aide à minimiser la perte financière des banques et des investisseurs si le tournage est interrompu pour cause variée, incluant la maladie. Ces assurances sont exigées par toutes les parties impliquées, autant la SODEC, Téléfilm Canada, les banques, etc. Depuis le début de la pandémie, les compagnies d’assurances du monde entier se sont ajustées à notre nouvelle réalité et ont ajouté une clause d’exclusion des risques liés non seulement à la Covid-19, mais à toutes les maladies transmissibles. Cela veut dire que si un acteur ou une actrice ne peut tourner en raison de la Covid-19 ou autre maladie infectieuse, la production s’arrête et les coûts liés à cet arrêt peuvent devenir une catastrophe financière non seulement pour l’entreprise de production, mais aussi pour les investisseurs (SODEC, Téléfilm, banques, etc.).

Les seules productions qui pourront tourner dans les prochains mois seront celles qui avaient déjà contracté et mis en vigueur, sans exclusions, leur assurance de production avant l’arrêt dû à la pandémie à la mi-mars 2020.

Cette situation entraînera à court et moyen terme l’arrêt complet des tournages de toute nouvelle production télévisuelle ou cinématographique, puisqu’aucune entreprise québécoise ne pourra obtenir le financement bancaire et des sociétés d’État, étant dans l’impossibilité de respecter la clause contractuelle exigeant des assurances sans exclusions. De plus, aucune entreprise de production ne pourra elle-même assumer ce risque qui pourrait devenir une catastrophe financière.

Les entreprises de productions québécoises ne sont pas les seules à faire face à ce problème qui frappent l’industrie audiovisuelle mondiale. Déjà la réaction s’organise en France où le gouvernement a mis sur pied un fonds d’indemnisation auquel feront appel les producteurs aux prises avec des situations liées à la Covid. L’Autriche, la Hollande, la Nouvelle-Zélande, entre autres, travaillent à des initiatives semblables.

Il est essentiel que le Gouvernement du Québec agisse en toute urgence dans le même sens et mette sur pied un fonds d’indemnisation qui permettra une véritable reprise du secteur audiovisuel et assurera les milliers de personnes qui y oeuvrent de retrouver leur gagne-pain.

Nous suggérons la mise sur pied d’un fonds doté d’une somme garantie par le Gouvernement du Québec à hauteur de cinquante millions de dollars. Cette somme ne servira que dans les cas où une réclamation est reliée à la Covid ou une autre maladie transmissible. Cette somme pourrait être administrée par la Sodec qui verra à mettre sur pied, avec l’industrie, les paramètres d’accès à ce fonds.

Parmi les grands principes, il faut noter que le fonds ne serait disponible que pour couvrir les risques exclus par les compagnies d’assurance traditionnelles en raison de la pandémie, soit les réclamations dues à des dommages causés par des maladies transmissibles. Les entreprises de production pourraient être appelées à contribuer au fonds en versant une prime additionnelle à la Sodec qui, elle, travaillerait en étroite collaboration avec les compagnies d’assurances ou des courtiers experts en dommages pour traiter les réclamations.

Le fonds pourrait avoir une durée initiale de deux ans, se terminant en juin 2022 et pouvant être reconduit si les conditions d’assurances de l’industrie ne sont pas revenues à la normale à cette date.

Il est important de préciser que cette mesure ne vise en aucun cas à compenser des pertes subies depuis l’arrêt des productions en raison de la pandémie. Il s’agit d’une mesure essentielle dans le cadre de la relance de l’économie du Québec dont l’industrie audiovisuelle est une composante importante autant aux niveaux économique que culturel.

Il serait ironique sinon dramatique de voir toute une industrie se remettre au travail pour quelques semaines, le temps de compléter les tournages de séries télévisées ou films déjà entamés pour être ensuite mise à l’arrêt complètement faute d’avoir les conditions nécessaires pour continuer à travailler.

Nous comptons une nouvelle fois sur l’appui du Gouvernement du Québec qui a compris les besoins urgents de notre industrie et notre capacité à contribuer à l’effervescence de la vie économique et culturelle du Québec. Nous sommes entièrement disponibles et disposés à discuter de notre proposition avec vous et vos équipes au moment qui vous conviendra.

En vous remerciant de l’attention particulière que vous porterez à notre demande, nous vous prions d’agréer, Monsieur le premier ministre, Madame la ministre, nos sincères salutations.

Pierre Even, Item 7
Denise Robert, Cinémaginaire
Roger Frappier, Max Films
Nicole Robert, Go Films
Claude Veillet, Téléfiction
Christian Larouche, Christal Films Productions
Luc Déry, micro_scope
Richard Goudreau, Melenny Productions

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