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« Réservoir » de Kim St-Pierre à l’affiche ce vendredi!

« Ce que je protège et qui me semble essentiel est de travailler avec l’acteur» 

Une entrevue de Kim St-Pierre par Charles-Henri Ramond

Ayant derrière elle un long parcours en kino, courts métrages, télévision ou webséries, Kim St-Pierre se lance avec Réservoir dans la réalisation d’un premier long métrage. Coécrit avec Isabelle Pruneau-Brunet, ce film dresse le portrait de deux frères que tout oppose, qui, à la suite du décès de leur père, décident d’aller répandre les cendres de ce dernier près du chalet familial, situé en bordure du réservoir Gouin à La Tuque. C’est une histoire de fratrie, de deuil et de renouveau, mais c’est aussi une histoire de nature paisible, d’errance et de huis clos. Et le tout, dans le décor insolite d’un bateau-maison similaire à ceux que l’on peut voir sur l’immense plan d’eau artificiel, là où une grande partie des scènes de Réservoir ont été tournées. 

Rencontrée mardi dernier, la cinéaste nous a donné quelques détails sur ce projet produit grâce à l’appui du programme Ta- lents en vue du Fonds des Talents de Téléfilm Canada. ET qui dit Fonds des Talents, dit budget limité à 250 000 dollars. Ce qui est très peu pour ce film dont le tournage a été émaillé par divers aléas causés par des conditions météorologiques capricieuses. 

« Je pensais naïvement que ce serait facile, nous dit la cinéaste. Deux personnes, un lieu, ensuite on ne bouge plus, donc, ça va!… Mais on devait faire l’aller-retour tous les jours aux chalets. On a limité nos déplacements à une heure trente au maximum de notre camp de base pour ne pas perdre trop de temps de tournage. Gouin, c’est labyrinthique, d’où l’invention du bateau-maison qui permet de naviguer dans les méandres de cet immense espace. Ce que l’on a découvert pendant le tournage, c’est à quel point la météo, la température, peuvent être changeantes, et ce, dans une même journée. Ce qui a rendu très difficile, voire même impossible la planification du tour- nage. Il fallait en permanence refaire le plan de travail pour être sûr de ne rien échapper. Ce qui a occasionné un travail énorme à Guillaume Leuillet mon assistant-réalisateur. Au total, nous avons eu 17 jours de tournage, dont trois à Montréal. On tour- nait en 5-5, donc dix heures par jour, mais avec le temps perdu en déplacement, je ne pouvais pas me permettre dix-huit prises. Chaque fois qu’il y avait un pépin, il fallait que je découpe plus simplement, pour gagner du temps ailleurs. Avant de sacrifier une scène, je préférais sacrifier des valeurs de plan. Il a fallu faire ça plein de fois. Mais au final, il n’y a qu’une seule scène que je n’ai pas pu tourner. » 

Pour en savoir plus sur le tournage, vous pouvez écouter le « making-of intimiste » de la réalisatrice, rendu disponible sur choq.ca

Réservoir tire ses origines d’un événement réel survenu dans la vie de la cinéaste.

« Le père de mes enfants et son frère sont allés en voyage de pêche pour commémorer le décès de leur père, nous dit-elle. Cela dit, le film ne raconte pas leur histoire, ce n’est pas leurs personnages. C’est quelque chose qu’ils ont gardé très privé et ça leur appartient. Je ne sais même pas ce qui est arrivé durant ce voyage. Mais j’ai connu l’existence des bateaux-maisons grâce à leur récit, car c’est typique de ce lieu-là. Je trouvais l’idée de cette embarcation fascinante. L’image de la maison, symboliquement, c’est un ancrage qui signifie beau- coup de choses. Qu’ils soient à la dérive dans un environnement immense, je trouvais que c’était un symbole très fort. » 

Même s’il n’est pas autobiographique, ce huis clos mouvant hérite de plusieurs éléments de l’expérience de vie de la cinéaste et de sa coscénariste. Le film repose aussi beaucoup sur la performance de Maxime Dumontier (Genèse de Philippe 

Lesage) et Jean-Simon Leduc (Chien de garde de Sophie Dupuis), qui incarnent les deux frères en deuil. Le travail en amont et durant le tournage avec les comédiens s’est concentré sur du travail de table. 

« Cela a été énormément de confiance. Je voulais des acteurs qui avaient plus d’expérience que moi. Je n’avais pas beau- coup de temps et tout repose sur eux. Cela me sécurisait. J’ai eu un très bon contact avec eux individuellement, et j’ai senti qu’il était possible que même s’ils ne se connaissaient pas, ils puissent développer un bon contact entre eux aussi. Donc, plus on était ensemble, plus la chimie venait naturellement, tout simplement. Pour eux, cela a été très exigeant de me faire confiance. En tout cas, on s’est fait ce cadeau-là et on a laissé la magie opérer à partir de là. Je pense que je dirige bien. Le cours de direction d’acteurs est ce que j’ai retenu le plus de ma formation à L’Inis. Je crois que c’est un atout dans mon profil de réalisatrice. Je suis moins technique, je suis plus humaine. Ce que je protège et qui me semble essentiel est de travailler avec l’acteur, en entrant en relation intime et privée avec eux pour arriver là où on voulait. Maxime et Jean-Simon sont à la base deux excellents acteurs. Cela a été facile de travailler avec eux. » 

Entrevue et photo réalisées par Charles-Henri Ramond, le 3 décembre à Montréal 

Distribué par Fragments Distribution, Réservoir de Kim St-Pierre prend l’affiche ce vendredi 6 décembre, à Montréal, Québec et Sherbrooke. 

Réservoir — Durée 87 minutes
Réalisateur: Kim St-Pierre
Avec Maxime Dumontier, Jean-Simon Leduc, Marco Collin Producteur: Julie Groleau
Année de production 2019 

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