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TÉLÉFILM CANADA – GESTATION… ACTION

TÉLÉFILM – GESTATION… ACTION

 

  • Le témoignage de ROCK DEMERS à l’occasion du 50e anniversaire de Téléfilm Canada

 

 

« Il n’y a pas de génération spontanée. Le créationnisme n’existe pas. TÉLÉFILM ne s’est pas construite en 6 jours! TÉLÉFILM est née du bouillonnement social et culturel ambiant des années 50/60 au Canada ».

 

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Les années 60 ont été particulièrement stimulantes, surtout au Québec.

Élection de Jean Lesage; création du tout premier Ministère des affaires culturelles au Canada dirigé par Georges-Émile Lapalme, qui deviendra plus tard le premier président de la SDICC (ex Téléfilm Canada); foisonnement de boîtes à chansons favorisant la mise en orbite des Leclerc, Vigneault, Forestier, Ferland , Charlebois, lesquels seront bien présents dans nos films à venir; vie théâtrale qui s’affirme avec la place qu’y prend  Marcel Dubé … et les télé-théâtres de Radio-Canada, sans compter la venue de Gratien Gélinas à la présidence de la SDICC; création du FIFM (Festival international du film de Montréal) en 1960 et de la Cinémathèque québécoise en 1963. Soulignons aussi la tenue de L’EXPO 67, élément phare de cette décennie.

 

LES PRÉMICES

Mais, comme je l’ai dit : « il n’y a pas de génération spontanée « . Tout ceci avait été préparé dans les années 50 par le « Manifeste du refus global », le mouvement des Jeunesses musicales, la vitalité de la JEC (Jeunesse étudiante catholique). Côté cinéma, l’éclosion s’ébauche avec le déménagement de l’ONF (Office national du film du Canada) d’Ottawa à Montréal et s’affirme dans l’effervescence du mouvement des ciné-clubs, la création de nos premières revues de Cinéma (IMAGES puis OBJECTIF).

 

Le FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE MONTRÉAL (FIFM)

Ceci mènera à la création du FIFM lequel, dès sa première édition grâce à la projection intégrale de HIROSHIMA MON AMOUR, viendra mettre fin à la censure des films telle qu’on l’avait connue jusque-là. On la remplaça par un système de classification par groupe d’âges. Le FIFM était un festival non-compétitif mais comportant plusieurs sections dont une seule était compétitive soit celle du  » Cinéma Canadien  » , dirigée par Robert Daudelin, plus tard directeur général de notre grande Cinémathèque. Cette section compétitive pour les films canadiens fut le révélateur du besoin criant de l’instauration d’une structure de financement de films de fiction en secteur privé. Des réalisateurs commencèrent à quitter l’ONF pour réaliser leurs films hors des contraintes de cette institution.

 

FERNAND CADIEUX

Permettez-moi ici une apparente digression. Un nom se retrouve au centre du déménagement de l’ONF à Montréal, du mouvement des ciné-clubs, de la création de notre première revue de cinéma IMAGE, du FIFM, du Pavillon Terre des Hommes à l’EXPO 67, et de la création de la SDICC : FERNAND CADIEUX , (futurologue, donnant des cours sur le marxisme à l’Université de Montréal, ami de P.E. Trudeau, de Marc Lalonde, de Jean Marchand, de Gérard Pelletier et de Monique Bégin. Des amis qu’il réussit à convaincre de se lancer en politique, en groupe, pour avoir plus d’impact sur les destinées du Canada. Il eut aussi, pendant plusieurs années, une chronique régulière à Radio Canada en tant que critique de cinéma.

 

UN TERRAIN FERTILE

C’est dans ce bouillonnement d’idées, ce foisonnement d’actions, d’individus, qu’est créée la SDICC avec, comme point de départ, un budget de dix millions de dollars et comme directeur général, un gars de l’ONF, Michael Spencer, pour en définir l’orientation et le mode opérationnel. Pourquoi Michael Spencer ? D’abord, puisque le bureau était à Montréal, parce qu’il était anglophone! Puis il parlait très bien le français, était reconnu pour son intelligence, sa sensibilité, sa simplicité, sa culture, son ouverture d’esprit, son sens de l’organisation, et qu’en plus, il avait lui-même produit et réalisé des films.

Étant anglophone, Michael Spencer s’entoura d’une équipe francophone: Carole Langlois au choix des projets, Joseph Beaubien au juridique, Jacques Dick aux finances, Pete Legault au suivi des productions … tous évidemment parfaitement bilingues ).

ACTION

C’est vers la toute fin des années 60 que la SDICC se mit vraiment en marche. Je crois que le premier film à prendre l’affiche, partiellement financé par elle, sera LA CHAMBRE BLANCHE de Jean Pierre Lefebvre. Avec lancement au Cinéma Élysée en présence d’un Michael Spencer un peu intrigué par le potentiel du film au box office? L’affiche de Vittorio était en parfaite harmonie avec le film. La musique étant de Walter Boudreau, les membres au complet de L’INFONIE arrivèrent à la grande Première avec chacun leur instrument de musique pour un mini-concert dans le hall d’entrée du cinéma.

Peu de temps après arriva LE MARTIEN DE NOEL, l’ancêtre du  » film pour enfants  » au Canada. Puis, côté francophone, vinrent des investissements dans les films de Carle, Fournier, Labrecque, Héroux, Dansereau (Mireille) et tant d’autres…

 

 

La SDICC était bien née. Grâce à elle, se construisait pierre par pierre ce qui allait devenir l’industrie cinématographique canadienne, ouverte tant aux projets francophones qu’anglophones, tant aux films dits « d’auteur  » qu’aux films dits  » commerciaux « , tant aux femmes qu’aux hommes. Dominée, à l’origine par des hommes, elle l’est maintenant par des femmes. Dirigée, il y a 50 ans par un artisan, elle l’est maintenant par une grande gestionnaire. D’ouverte au départ sur tous les genres de cinéma de fiction, elle l’est maintenant sur l’ensemble des moyens audiovisuels et des nouvelles technologies.

 

L’ARRIVÉE

Bien qu’opérant actuellement dans un milieu de plus en plus dominé par le cinéma américain, elle aura cependant contribué à ce que plusieurs de nos réalisateurs, tant francophones qu’anglophones, se créent une réputation telle qu’ils auront réussi à percer ce marché. Certains d’entre eux atteindront même une renommée mondiale qui rejaillit sur l’ensemble de notre société.

Que de chemin parcouru en 50 ans !

Longue vie à TÉLÉFILM.

ROCK DEMERS, producteur

#Téléfilm50

 

 

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