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Patrick Roy sur la fermeture du cinéma Excentris

Lettre de Patrick Roy, président des Films Séville, suite à l’annonce de la fermeture du cinéma Excentris

Je souhaite rectifier certains énoncés lus ou entendus au cours des derniers jours dans les médias suite à l’annonce de la suspension, temporaire souhaitons-le, des activités de diffusion de films du cinéma Excentris.

Pour un distributeur de films, la fermeture de salles de cinéma est toujours une triste nouvelle. D’abord, dans ce cas-ci, pour les 25 personnes qui, suite à cette annonce, se retrouvent sans emploi, mais aussi pour les cinéphiles québécois qui se voient maintenant privés d’un de nos plus beaux lieux pour découvrir le cinéma d’ici et d’ailleurs. La conséquence immédiate est évidemment une contraction de l’offre cinématographique dans les salles de Montréal. Oui, certaines salles peuvent combler en partie cette perte, mais la réalité est que pour l’instant nous avons 3 écrans de moins qui, jusqu’à mardi dernier, présentaient des films 52 semaines par année. Ces salles rendaient donc possible le visionnement de près d’une centaine d’œuvres annuellement dont certaines qui y étaient présentées en exclusivité.

Triste nouvelle donc, mais ça me semble beaucoup trop facile de blâmer uniquement les distributeurs de films ou plus particulièrement Les Films Séville, l’entreprise que je dirige, alors que plusieurs autres facteurs ont clairement mené à la décision annoncée cette semaine.

J’ai été surpris, comme la plupart des intervenants du milieu, d’apprendre qu’Excentris se voyait forcé de fermer ses portes abruptement. Le film québécois Les êtres chers d’Anne Émond y était d’ailleurs présenté depuis quelques jours seulement et Macbeth de Justin Kurzel (en compétition dans la sélection officielle lors du dernier Festival de Cannes) devait y prendre l’affiche en décembre. Bien que nous connaissions la situation fragile d’Excentris, nous n’avons jamais été invités à participer à une discussion franche sur sa situation à long terme.

Nous avons pourtant toujours été un fidèle partenaire du cinéma Excentris où nous avons présenté de nombreux films porteurs encore cette année, dont La Passion d’Augustine de Léa Pool, Le Mirage de Ricardo Trogi, Guibord s’en va-t-en guerre de Philippe Falardeau, Elephant Song de Charles Binamé et Remember d’Atom Egoyan, pour ne nommer que ceux-là.

Afin d’appuyer l’Excentris, nous nous sommes assurés d’y multiplier les visionnements de presse, les visionnements d’équipe et les premières de films dans le but de leur permettre de générer des revenus supplémentaires. Nous avons également participé aux efforts de promotion de leurs salles en organisant conjointement des séances de questions-réponses avec plusieurs réalisateurs québécois, dans le but d’attirer un plus large public.

Nous avons aussi insisté auprès des dirigeants de l’Excentris sur la pertinence d’y présenter des films porteurs en version originale avec sous-titres français, une formule appréciée des cinéphiles, et ce même si cette proposition nous obligeait à encourir des dépenses additionnelles.

Nous avons prouvé à maintes reprises notre soutien indéfectible envers l’Excentris et il serait malhonnête de nier l’apport des Films Séville aujourd’hui, et ce, même si nous avons pris la décision de présenter certains films, comme Carol de Todd Haynes et The Hateful Eight de Quentin Tarantino dans d’autres salles du centre-ville de Montréal. Nous jugeons que c’est là qu’ils pourront rejoindre le plus large public, ce qui demeure l’objectif premier d’un distributeur.

La fréquentation d’un cinéma incombe à ses gestionnaires et ses programmateurs et je me demande si l’équipe de direction a fait tous les efforts nécessaires pour rejoindre son public. Dans une industrie où la compétition est très forte, la qualité des relations avec les distributeurs est essentielle et la capacité à remplir les salles et à livrer des résultats à la hauteur des attentes s’avère évidemment cruciale.

On peut aussi se demander si des liens ont été tissés au cours des années entre la direction de l’Excentris et les « majors » américains qui contrôlent, il faut bien le rappeler, 80% du marché cinématographique québécois. Des films comme The Danish Girl de Tom Hooper, The Revenant de Alejandro Gonzalez Inarritu et Joy de David O. Russell, pour ne nommer que ceux-ci, auraient pu en effet être bien utiles pour remplir les salles en décembre.

Je suis un fervent défenseur de notre culture cinématographique et je demeure convaincu que les cinéphiles doivent continuer d’avoir accès à l’offre cinéphilique la plus variée et la plus riche possible. Or, le gouvernement québécois et la ville de Montréal ont déjà investi beaucoup d’argent dans l’Excentris et il me semble pertinent de tous nous questionner à savoir si la formule appliquée ces dernières années est celle qui permettra réellement d’assurer une visibilité aux films québécois et aux films d’auteur du monde entier.

Patrick Roy
Président, Les Films Séville

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