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Crise à Téléfilm Canada, un état des lieux vendredi le 3 mai 2019

Crise à Téléfilm Canada – Texte publié dans La Quotidienne de CTVM.info  vendredi le 3 mai 2019 

État des lieux suite aux réactions du président du conseil d’administration de Téléfilm Canada, monsieur G. Grant Machum, et du ministre du Patrimoine canadien, l’honorable Pablo Rodriguez

Nous vous avons fait parvenir hier, dans un FLASH aux abonnés de CTVM.info, la lettre du front commun qui regroupe 9 associations et organismes québécois sur la crise qui secoue Téléfilm Canada depuis le congédiement de trois directeurs francophones. Cette lettre était adressée directement au président du conseil d’administration de Téléfilm Canada, monsieur G. Grant Machum.
Dans ce courrier, ce regroupement assez unique de l’industrie du cinéma québécois demandait à monsieur Machum, d’expliquer ce congédiement de trois cadres de l’équipe francophone de Téléfilm Canada.

Dans ce courrier, le regroupement rappelait au président du conseil d’administration une réalité qui semble occultée par les hauts dirigeants anglophones de Téléfilm.
Voici l’essentiel de ce courrier :
« Vous savez comme nous que Téléfilm Canada souffre d’un manque de financement important et que tout le milieu cinématographique s’est mobilisé pour demander une injection de fonds additionnels de 50 millions de dollars, démarche qui n’a pas été fructueuse jusqu’à présent. Cette demande, appuyée par tout le milieu de la production cinématographique au Canada, a été élaborée conjointement avec les équipes de Téléfilm Canada, très au fait de leur manque criant de moyens pour répondre à l’effervescence de création cinématographique, particulièrement au Québec. 
« Depuis plusieurs années, les équipes d’opérations de Téléfilm ont travaillé sans relâche pour préserver un équilibre dans la production de langue française au Québec jusqu’à la crise que nous connaissons aujourd’hui, alors que Téléfilm voit sa capacité d’engagement pour l’année financière 2019-2020 réduite avant même qu’elle n’ait débuté. 
« Si la direction de Téléfilm Canada tente de faire porter l’odieux de ce manque de financement à trois personnes de la direction, c’est honteux et indigne. Toutes les décisions prises ces dernières années ont été entérinées par la haute direction et le conseil d’administration a pour sa part, entériné ces actions en approuvant chaque année le rapport annuel et les états financiers. »

Et maintenant, la réponse de monsieur G. Grant Machum. Je vous laisse juge de savoir s’il répond aux préoccupations et inquiétudes du regroupement.
« Mme Dickenson a débuté son mandat chez Téléfilm Canada en rencontrant les membres de l’équipe de direction et tous les employés, ainsi que les multiples partenaires de l’industrie audiovisuelle canadienne afin de bien comprendre les enjeux de l’industrie.
« Elle a constaté le besoin d’entreprendre certains changements en vue de mieux répondre aux besoins actuels et prévisibles de l’industrie en cette ère de changements profonds.
« Téléfilm Canada soutient l’industrie audiovisuelle canadienne depuis plus de 50 ans, et tous nos employés ont à cœur son succès et son rayonnement. Ainsi, les changements récents au sein du comité de direction n’ont pas compromis cette culture organisationnelle profondément ancrée et alimentée par la qualité des productions d’ici, en particulier celles en provenance du Québec. »
C’était la réponse du président du conseil d’administration de Téléfilm Canada.

Pour ma part, j’en conclus que pour « mieux répondre aux besoins actuels et prévisibles de l’industrie en cette ère de changements profonds », il fallait décapiter la haute direction francophone et québécoise. Curieux et troublant.
D’autant plus troublant que — d’après la rumeur qui coure à Montréal, mais ce n’est qu’une rumeur, je le précise — il semblerait que Mme Christa Diskenson soit en ce moment à rechercher des appuis auprès des producteurs à… Toronto. Une telle rumeur — vraie ou fausse — montre à quel point s’est dégradée la confiance entre la directrice générale de Téléfilm Canada et le milieu québécois du cinéma.
On constate en tout cas aujourd’hui que la seule personne capable de dénouer (en partie) cette crise, c’est le ministre du Patrimoine canadien, monsieur Pablo Rodriguez, qui ne doit pas apprécier le scénario du film dans lequel on le fait jouer. Pour un ministre du gouvernement, c’est la situation dans laquelle on n’accepte pas se retrouver.

À notre collègue de La Presse, le bureau du ministre du Patrimoine canadien a indiqué que monsieur Pablo Rodriguez interviendrait dans cet épineux dossier dès la semaine prochaine.
« Je suis confiant de pouvoir proposer des solutions concrètes dès la semaine prochaine, a indiqué le ministre Rodriguez dans une déclaration acheminée par écrit à La Presse de son cabinet. On a été élus en 2015 pour mettre fin à la guerre que menait Stephen Harper contre la culture québécoise et on va continuer de livrer la marchandise. »
En dépit des questions supplémentaires de La Presse, poursuit André Duchesne, aucun nouveau détail n’a été communiqué. On ne sait pas, par exemple, si le ministre entend intervenir directement dans le dossier ou s’il demandera à Téléfilm de se faire voir et entendre.
C’était donc la réaction de monsieur Pablo Rodriguez au front commun du cinéma québécois: « On a été élus en 2015 pour mettre fin à la guerre que menait Stephen Harper contre la culture québécoise et on va continuer de livrer la marchandise. »

Je trouve intéressant ce rappel de l’époque Harper, alors même :
1) qu’on vient de décapiter la haute direction francophone de Télétilm Canada en congédiant, sans explications, trois directeurs francophones;
Alors même :
2) que le gouvernement libéral refuse toujours de bouger sur la « taxe Netflix », même si le Québec vient de démontrer qu’on pouvait taxer sans que cela ne provoque des émeutes, et que les argents ainsi récupérés sont plus importants que prévu (donc cet argent neuf pourrait aider la production canadienne);
et alors même :
3) que cette annonce que le ministre s’appêtre à  faire la semaine prochaine — avant le 10 mai si possible — le milieu cinématographique québécois l’attendait au dépôt du budget fédéral; mais elle n’est pas venue. On a espéré ensuite qu’elle serait faite au Congrès de l’AQPM, lors du discours du ministre au souper-gala, mais elle n’est pas venue. On s’était alors rassuré en pensant que cela se ferait le lendemain et que l’honneur reviendrait à la directrice générale de Téléfilm Canada d’annoncer les mesures d’une sortie de crise — prévue, annoncée, dénoncée, aussi bien par l’AQPM que par la CMPA. Malheureusement, on connaît la suite.
Oui, le scénario est vraiment bien mauvais !
Pour nous sortir définitivement de l’époque Harper, on souhaite que le ministre Pablo Rodriguez profite de sa déclaration de la semaine prochaine pour indiquer haut et fort la détermination de son gouvernement à soutenir financièrement le développement de l’industrie cinématographique canadienne à l’ère des bouleversements du numérique.
Jean-Pierre Tadros, rédacteur en chef, CTVM.info
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