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Ouverture de la troisième édition du festival Filministes au Théâtre Plaza

Le troisième festival Filministes a été lancé ce mercredi le 4 mars 2020

Mercredi soir le 4 mars 2020 dans un Théâtre Plaza rempli à craquer avait lieu l’ouverture de la troisième édition du festival Filministes, qui se déroule jusqu’au dimanche 8 mars 2020.

Désireux d’intégrer les arts dans les causes sociales, l’événement a mis à son programme cinq longs et 36 courts métrages internationaux, des discussions sur les enjeux féministes contemporains, une exposition d’œuvres de l’artiste Meky Ottawa, une classe de maître de la réalisatrice d’animation Diane Obomsawin et une table ronde sur les métiers du cinéma occupés par des femmes, entre autres. 

Débutée par une interprétation de Annie O’Bomsawin-Bégin du « Chant des femmes fortes », la soirée d’ouverture portait sur la disparition des femmes et des jeunes filles autochtones. La présentation du drame anglophone Rustic Oracle, deuxième long métrage de fiction de Sonia Bonspille Boileau (Le Dep’), en était le plat de résistance. Le film, tourné l’an dernier sur la réserve de Kanesatake, était précédé d’un court métrage inuit produit dans le cadre du Wapikoni Mobile.

Après la projection, aux couleurs hélas bien mal calibrées, les festivaliers ont assisté à une discussion entre la professeure en philosophie Annie O’Bomsawin-Bégin, l’artiste Émilie Monnet et la cinéaste, le tout animé par Kijâtai-Alexandra Veillette Cheezo (de gauche à droite sur la photo ci-jointe). Il a beaucoup été question de la place de la représentation des autochtones dans les arts et dans l’espace public, mais aussi du film Rustic Oracle, une œuvre délicate reçue avec beaucoup de sensibilité par les spectateurs. Le film relate l’histoire d’Ivy, une fillette autochtone de huit ans qui accompagne sa mère partie à la recherche de Heather, la grande sœur disparue alors qu’elle fréquentait un jeune criminel blanc. Devant l’incapacité de la police à faire la lumière sur cette disparition, mère et fille prennent en charge l’enquête. Le film est relaté par le biais du regard de cette enfant, rudoyée dans un monde adulte qu’elle ne comprend qu’en partie. 

Lors de la discussion, Sonia Bonspille-Boileau nous a fait part du point de vue adopté. « J’ai écrit le film avec cette perspective, précise-t-elle, parce que c’était ce qui me hantait en tant que maman. Le film part d’un fait de société survenu en 2008 dans la communauté de mon conjoint. Deux adolescentes autochtones, Shannon et Maisy, avaient disparu. Je ne les connaissais par personnellement, mais je connaissais les gens de cette communauté et je voyais à quel point ce drame avait marqué les esprits. Ce qui m’empêchait de dormir c’était la perception des frères et sœurs face à une telle situation. Quand tu es enfant, tu restes un enfant. Tu ne vois pas les choses de la même manière, tu fais juste vivre, tu suis… Il y seulement certaines choses que tu comprends, et, en même temps, il faut que tu trouves au quotidien des petites joies… Ça a été la source de motivation.  Je n’ai pas écrit le film avec l’intention de faire LE film sur les femmes autochtones disparues, je voulais aborder le drame sous l’angle de ce qu’il fait à une famille. Je ne prétendais pas faire un film politique, ou donner une représentation d’un mouvement, je ne voulais pas de lien avec l’enquête, mais je souhaitais ramener ça à quelque chose de personnel. Je voulais que n’importe qui puisse s’identifier à cette famille-là, c’est en rejoignant les gens émotivement que l’on bâtit des ponts avec eux. »

Émilie Monnet est revenue ensuite sur le drame de 2008. « Même si ce n’est pas dit [dans ton film], on sent que les policiers accordent moins d’importance à cette enquête. Quand Shannon et Maisy  ont disparu, un petit gars de Toronto disparaissait en même temps… Tous les médias en parlaient. On a retrouvé l’enfant mort quelques jours plus tard, alors que pour les deux jeunes femmes, cela a pris des jours et des jours avant que la police se mobilise pour faire quelque chose. C’est là que tu vois que les choses sont différentes, qu’il y a du racisme systémique… ». 

Produit par Jason Brennan de Nish Media et distribué par Maison 4:3, Rustic Oracle (Vivaces, en version française) sort en salle au Québec le 27 mars prochain.

Textes et photos : Charles-Henri Ramond

 

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